Publicité
|   INSCRIVEZ-VOUS A NOTRE NEWSLETTER

Comment traiter de la question du viol ?

10 mai 2012

 

Un article un peu à chaud après le visionnage d’un bout du deuxième épisode de Clash, la nouvelle série de France 2.

Pour avoir pris l’épisode en cours et l’avoir arrêté au milieu de la scène « problématique », c’est certainement casse-gueule de vouloir en faire un résumé. Je m’excuse d’avance si je commets des approximations.

On se retrouve donc dans la situation suivante : un couple d’ados bien parti pour faire l’amour, une fille qui commence à hésiter, à dire « peut-être que » puis « non » et un garçon qui n’entend pas, ne comprend pas, et poursuit l’acte sexuel sans son consentement.

J’ai trouvé la scène insupportable, peut-être parce que j’étais déjà fatiguée et irritée, certainement aussi parce que c’est un sujet sensible pour moi. Assez curieusement, ça m’a paru bien plus violent que Baise-moi de Virginie Despentes et en y réfléchissant, je me dis que la différence se trouve dans le contexte. On parle finalement assez peu des viols impliquant un proche, des viols où rentrent en jeu des sentiments paradoxaux (d’un côté l’affection qu’on a pour l’autre, d’un autre côté l’absence de désir, et entre les deux : le doute, la peur de déplaire, etc.)

C’est une nécessité d’en parler, c’est peut-être même une bonne chose de le montrer, pour sensibiliser là où le seul discours échoue trop souvent.

Et pourtant… je ne peux pas m’empêcher d’être amère. Ça m’a pourri ma soirée, ça m’a heurtée, blessée, et en pensant à celles qui ont vécu un viol de ce type et qui se retrouvent devant la série, je me demande si c’était une si bonne idée, s’il n’y avait pas une manière plus « délicate » d’aborder la question sans affadir le message.

Je ne sais pas, je n’ai pas de réponse. Peut-être qu’il n’en existe pas.

Vous, vous en pensez quoi ?

Accessoirement, quelqu’un a vu la fin de l’épisode, pour savoir comment se règle cette histoire-là entre les deux adolescents ?

4   |

Sage alunissage (poème érotique soft)

24 avril 2012

Photo: NASA

 

Penchée au puits profond, j’ai suivi la fissure

Qui fend les deux vallons recouverts de tissu,

Cavalé tout le long, pour trouver une issue

Au stupre révoltant que vantait la voussure.

 

Mais à peine détournée je m’y suis résolue

– Et ma main dissipée a cédé, pour conclure –

Il me fallait – qu’y puis-je ? – et sans l’avoir voulu

Pour l’amour de la science ôter ces dentelures.

 

J’ai sondé avec soin l’écorce du corps nu,

Les cratères ténus et les menues veinures,

Et j’ai songé émue devant ces deux dunes :

J’ai marché sur la lune.

 

3   |

Mon genre est féministe

26 mars 2012

Parler de genre(s), de mon genre, de comment je le vis, me paraissait tellement casse-gueule que j’avais un peu renoncé à aborder la question. Et puis j’ai lu le numéro zéro de Transkind et je me suis dit que c’était une bonne occasion de prendre la plume pour m’exprimer.

Je me dis que ça peut prêter à sourire, moi la fem qui parle de questionnements de genre. Ça peut aussi – et je le conçois très bien – agacer ou contrarier.

Après tout, je n’ai pas un vécu trans, ni même un « simple » vécu butch. Je ne rentre pas dans les définitions de ces termes, on ne m’a jamais discriminée pour être sortie des clous. A la réflexion, je crois que je ne me sentais pas assez « légitime » jusqu’à présent pour traiter du sujet, parce que le monde entier me fout la paix (tant que je ferme ma grande bouche de féministe grincheuse), et que je me suis relativement bien accommodée à être perçue comme femme, avec ce que ça peut impliquer.

Et peut-être que c’est justement là que ça coince.

Je me suis « accommodée ». Ça sonne comme une renonciation, comme un compromis, comme un truc chiant sur lequel on essaye de ne plus trop porter le regard.

Et de fait, si on m’interroge les yeux dans les yeux sur mon identité, je n’irai pas répondre que je suis une femme. Parce que « femme » ne me parle plus depuis longtemps. Parce que le féminisme est passé par là, main dans la main avec mes cours de psychologie sociale : le genre est une construction sociale, et si comme dit Beauvoir je ne suis pas née femme… je ne suis pas non plus certaine d’avoir « réussi » à le devenir. Je me suis (re)construite à la lecture de témoignages de personnes intersexuées et/ou transgenres, et je me reconnais bien mieux dans ce que certains d’entre elles et eux racontent que dans ce que me renvoient les gens que je côtoie au quotidien.

Je suis convaincue qu’il n’y a pas de recette magique qui fait d’une personne un homme ou une femme. Ce n’est pas notre anatomie, de naissance ou après une transition, ce ne sont pas les hormones, ce ne sont pas les gonades, ce ne sont pas les chromosomes, ce ne sont pas non plus les goûts, les pensées… la seule chose qui compte de mon point de vue c’est tout bêtement le sentiment identitaire : « je suis ce que je me sens être ».

Mais comment me sentir être quoi que ce soit si aucun critère ne me vient plus à l’esprit pour spécifier les catégories « homme » et « femme » ? Comment me reconnaître dans un terme qui m’apparaît chaque jour un peu plus vide de sens, un peu plus entaché par le sexisme ambiant ?

Non seulement je ne me sens pas femme, mais je ne veux même plus en être une.

Il y a deux-trois ans, j’avais rejeté cette identité pour de mauvaises raisons : parce qu’il était trop difficile pour moi d’aimer les filles et d’en être une ; et aussi parce qu’au fond je méprisais ce que j’étais (ou croyais être) ou plus exactement ce qu’on avait essayé de faire de moi. J’en étais arrivée à jouer à l’androgyne, pas par goût, pas par conviction, mais par mépris du féminin. J’y pense aujourd’hui et je trouve ça risible et pathétique, en même temps qu’assez symptomatique des problèmes de sexisme dans notre société. Depuis, j’ai changé d’ennemi : ce n’est plus le concept de féminin que je combats, mais ce qu’on lui associe en terme de stéréotypes et de discriminations.

Il n’empêche que je ne me sens pas plus femme pour autant, si ce n’est peut-être à un niveau politique, militant, revendicatif. Et quand on y réfléchit deux minutes le mot pour ça, ce n’est pas « femme » : c’est « féministe ».

10   |

La même chose en différent

21 février 2012

Je n’avais pas vraiment réfléchi aux regards…

Quand on est célibataire, on ne vit pas avec une étiquette sur le front, on n’est pas identifié, ni même identifiable – à moins d’avoir tout d’une butch (et encore, le monde dans lequel on évolue est tellement hétérocentré qu’on peut se fondre dans la masse…) ou d’ouvrir la bouche pour s’outer.

Je m’étais dit qu’être en « relation homo » bousculerait peut-être mes attentes, la représentation que j’avais du couple… Je m’étais dit que ça aurait peut-être une saveur tout à fait différente. Et puis finalement, garçon ou fille, j’en viens à penser que ce n’est pas vraiment ça qui compte, du moins pas directement.

Mon positionnement sur le spectre de l’orientation sexuelle reste donc identique à celui que j’avais auparavant, avec la même part de certitude et la même part de flou – je ne sais toujours pas ce que le futur me réserve, et je m’en moque toujours autant, si ce n’est plus.

Non concrètement, la seule chose qui m’interroge, c’est l’attitude des gens qu’on croise lorsqu’on ne se cache pas. Les regards curieux, hostiles ou tout simplement impossibles à interpréter, juste fixés sur ton couple. Ça me laisse une impression d’étrangeté et ça déclenche en moi ce questionnement naïf : qu’est-ce qui mérite tant d’attention ? Qu’est-ce qui, dans cette relation-ci, diffère vraiment de celle d’avant ? Cette différence de traitement, selon que l’autre soit homme ou femme, me plonge dans des abîmes de perplexité.

En parallèle, je suis étonnée que ça m’affecte si peu. D’instinct, je sais hausser les épaules avec un sourire goguenard quand une dame pose sur moi des yeux scandalisés. Je sais soutenir son regard, et tous ceux qui suivront, comme si j’en avais déjà l’habitude.

L’habitude, c’est peut-être ça le plus triste… Avoir déployé ses défenses sans s’en rendre compte, au point de rembarrer un groupe d’ados (indiscrets mais absolument pas malveillants), qui voulaient juste savoir si « on était lesbiennes ».

1   |

La psychanalyse freudienne vue par une licorne

15 décembre 2011

Etre étudiante en psychologie quand on est LGBT, c’est parfois assez rigolo. Ou effrayant. Ou les deux.

Pour vous décrire un peu le contexte : je n’aime pas (ce que je connais de) la psychanalyse. Je suis globalement méfiante, sceptique – voire hostile – devant Freud. Et ne voilà-t-y pas qu’on me demande de faire un exposé critique et subjectif sur un de ces textes (Le Petit Hans : Analyse de la phobie d’un garçon de cinq ans) en TD.

Le « critique et subjectif », c’est ce qui m’a sauvé la mise. Parce que si la consigne avait été d’exposer des concepts théoriques (que je ne maîtrise absolument pas), j’aurais été 1) mal barrée, 2) ultra faux-cul.

Il faut savoir une chose aussi : les oraux, ça me terrifie. L’année dernière j’ai par exemple préféré me retrouver défaillante plutôt que de faire une présentation. Je suis un peu un cas d’école niveau évitement (et phobie sociale ?).

Me voilà donc sur l’estrade avec mes deux copines d’exposé. Bizarrement, je me sens plutôt zen. Je pense techniques de relaxation. Je me focalise sur ma respiration. Je regarde mes mains qui ne tremblent pas – un miracle ?

Mon tour vient. Un peu de mal à me lancer, ensuite j’oublie d’avoir peur. Oui j’ai probablement les joues roses, oui j’ai la gorge sèche, mais ce n’est pas le moment de se focaliser là-dessus. Je me dis que je m’en sors bien, et le penser suffit à le rendre réel.

Le point de départ, c’est cette phrase : « C’est le premier mais non le dernier trait d’homosexualité que nous rencontrons chez Hans » (extrait qui se rapporte à une situation où le petit garçon sert son cousin dans ses bras en lui disant qu’il l’aime bien).

Je parle de ce que je perçois comme un amalgame. L’homosexualité telle qu’on la conçoit aujourd’hui est une attirance concrète, éventuellement des relations sentimentales et sexuelles… pas juste une affection vague pour quelqu’un de son sexe. Mélanger les deux, comprendre l’homosexualité en se rapportant à ce qu’en dit Freud, c’est se fourvoyer parce que le mot peut présenter un autre sens dans ses textes.

Je parle également de ce drôle de raisonnement : Freud veut expliquer l’homosexualité, Freud la pointe à de multiples reprises, souvent sous l’angle du « problématique », du « refoulé »… tandis que l’hétérosexualité va de soi et n’est jamais vraiment questionnée – en tout cas pas de la même manière. En fait, je me retrouve à parler d’hétérocentrisme, sans employer réellement le terme. Je parle aussi psychologie sociale, groupe majoritaire et norme – tout ce que j’aime, en somme.

Je me « lâche » sur un autre extrait (« Notre petit Hans s’est comporté lors de la provocation de la mère comme un vrai homme, malgré ses velléités homosexuelles. »). J’accroche le regard des filles au premier rang, qui m’accordent leur plus complète attention depuis le début de ma prise de parole (sans leur soutien visuel, j’aurais été bien moins sereine !). « Je dois vous avouer que j’ai été choquée par ce passage. Même si le contexte (1909) l’explique parfaitement. J’espère en tout cas qu’on n’en est plus là en 2011… à mélanger défaut de masculinité et homosexualité. » Elles hochent la tête vigoureusement. J’ai un peu envie d’aller les serrer dans mes bras et leur dire que je les aime bien, façon petit Hans.

J’enchaîne sur les « dérives » possibles, le danger d’interpréter littéralement lorsqu’on s’intéresse à la psychanalyse. Je reviens sur un exposé précédent, durant lequel un étudiant avait lâché sans se questionner un seul instant que l’homosexualité était liée au narcissisme (ce qui était peut-être valable dans le texte étudié, mais de là à en faire une généralité… !). « J’ai bondi sur ma chaise en entendant ça, mais j’ai préféré ne pas réagir. L’association d’idées qui s’est fait dans ma tête a été… puissante, directe, presque évidente. Je ne sais pas si vous connaissez Christian Vanneste ? Moi, c’est à ça que ça m’a fait penser. Quand sur un plateau télé il raconte que l’homosexualité c’est du narcissisme, une peur de l’altérité, etc., qu’il justifie ses propos homophobes en se basant sur des textes psychanalytiques et anthropologiques… voilà, c’est exactement ce genre de récupération qui m’inquiète. »

Le moment le plus militant a peut-être été celui où j’ai dit : « En tant que futurs psychologues cliniciens pour certains d’entre vous, il est tout à fait probable que vous vous retrouviez devant des personnes homosexuelles en souffrance un jour ou l’autre, et à ce moment-là je pense qu’il faudra savoir mettre de côté les théories psychanalytiques sur l’homosexualité. Je crois en fait que ça risquerait d’être contreproductif… Et quand on sait que par rapport aux hétéros, quatre fois plus de jeunes homosexuels font des tentatives de suicide*… ce n’est peut-être pas le moment adéquat pour essayer de se prouver des théories… »

Je termine sur le psychanalyste et sa subjectivité. Comment est-ce qu’on fait quand les textes/théories qu’on lit heurtent nos convictions ? Est-ce qu’on se défait, partiellement ou totalement desdits textes, est-ce qu’on cherche une autre approche, est-ce qu’on essaye de renoncer à ses convictions ou au contraire de les intégrer aux théories qui existent déjà ?

Après l’exposé, c’est le moment des questions. Habituellement, elles prennent du temps à venir. Là c’est automatique : le prof s’étonne des chiffres sur les tentatives de suicide, on me demande les références de l’étude (c’est con, je ne les avais plus en tête), une fille prend ce ton intermédiaire entre affirmation et question : « Mais les homosexuels qui sont en souffrance, ce n’est pas parce qu’ils sont homos en soi ? ». J’approuve vivement, parle société, norme, etc.

C’est peut-être la première fois de ma vie où je sors d’un exposé sans être mortellement déçue de ma performance. J’ai eu l’impression d’avoir réveillé l’intérêt de certains et le prof avait l’air assez emballé par notre travail.

Un autre point intéressant : lors de ce TD, on a eu l’occasion de débattre sur la transidentité avec le groupe qui nous a précédés. J’ai été assez surprise d’entendre des personnes curieuses plus que « jugeantes »/« condamnantes » (malgré une confusion sexe/genre assez prégnante et une incapacité à utiliser les bons pronoms).

Conclusion : il y a des jours où être étudiante en psychologie quand on est LGBT, c’est rigolo, ou effrayant, ou les deux, et puis il y en a d’autres où c’est simplement enrichissant et même plutôt agréable.

 ---

*selon les études le risque peut même être beaucoup plus élevé (cf. page récapitulative sur Wikipédia)

23   |

Prière de remonter sa braguette

28 novembre 2011

« Tu me la présenteras ? »

C’est la phrase qu’il me sort avec un rire qu’il veut complice. Je lui parle de coucher avec une femme, et cet abruti fini me demande de jouer la mère maquerelle en l’introduisant auprès d’elle après usage.

Comme si une fille qui couche avec une fille gagnait brusquement en potentiel – c’est bien connu, elle doit être sexuellement libérée pour s’adonner aux joies du saphisme. Comme si une fille qui couche avec une fille ne pouvait pas être « juste » lesbienne. Comme si mon attirance pour les femmes n’avait pour but que de le satisfaire, lui, et d’autres hétéros libidineux dans son genre.

Je ne sais pas qui est la plus irritée en moi : la bisexuelle objet de fantasme ou la féministe qui voudrait juste que certains types impriment une bonne fois pour toute que le monde ne tourne pas autour de leur pénis ? A moins que ce ne soit la naïve Prose, celle qui trouvait ce gars sympathique – comme tant d’autres – et qui finit par se demander si c’est encore bien judicieux d’être attirée par les mecs après avoir vu passer quelques spécimens dans ce genre-là.

Il en est à sa troisième réflexion, avec toujours ce sourire un peu lubrique qui me donne envie de vomir, lorsque ma meilleure amie lui sort une phrase dont j’ai oublié la formulation exacte mais dont la teneur pourrait être résumé par : pas la peine de t’astiquer le poireau, d’ailleurs tu peux ranger ton matériel, deux nanas peuvent très bien se débrouiller sans toi, merci, bisou.

Elle n’a pas seulement répondu pour moi, elle a répondu pour elle aussi, et pour toutes les femmes.

Cette phallocratie à la fois inconsciente et parfaitement intégrée dans les normes sociales, c’est une chose à laquelle je ne m’habituerai jamais. Et lorsqu’on me dit que l’égalité est là, que le féminisme est dépassé, et qu’on nie le conditionnement  qui opère dès la naissance – avec ses petits bodys roses et bleus et ses jouets genrés – et toutes ses conséquences, j’ai un peu envie de me laisser aller à la violence.

Il y a même des jours où, l’espace de trois secondes, la carrière de lesbienne misandre me parait bien séduisante. Et puis je me rappelle que les hommes ne sont pas tous cons (heureusement) et que certains me plaisent.

14   |

Politique et bisexualité

1 novembre 2011

Un argument biphobe pour refuser l’ouverture du mariage aux couples de même sexe ? Jason Adkins, l'executive director of the Minnesota Catholic Conference – mais comment je suis sensée traduire ce truc pour que ce soit joli en français ? – l’a fait.

Sous prétexte qu’en changeant la définition selon laquelle le mariage se contracte entre un homme et une femme, il y aurait une sorte de glissement sémantique qui conduirait les bisexuels à vouloir épouser un partenaire de chaque sexe (oh le bel amalgame !), il estime qu’il vaudrait mieux ne pas toucher à cette « importante institution ». Voilà ce qu’on peut lire sur le site Politics in Minnesota.

Ces propos, repris sur The Minnesota Independant, font réagir Lauren Beach, présidente de Bisexual Organizing Project :

Suggérer que tous les bisexuels ont besoin d’épouser plus d’une personne à la fois est un préjugé courant sur la bisexualité, et cela démontre qu'il est nécessaire d’éduquer la société sur les identités bisexuelles. Bisexuel n’est pas synonyme de polyamoureux. Certains bisexuels, tout comme certains gays, lesbiennes, transgenres et hétéros sont polyamoureux. Cependant, de nombreux bisexuels, moi y compris, sont monogames et aimeraient simplement vivre dans une société où le genre de leur partenaire ne serait pas une limite arbitraire pour pouvoir accéder à de nombreux droits directement liés au mariage.

Ça fait du bien en le disant.

 

A l’origine, je voulais parler de cette petite histoire dans mes Brèves bis mais comme souvent, j’ai réalisé en cours de route que j’avais des réflexions à partager.

La menace du « mariage polygame » n’est pas nouvelle, mais c’est la première fois que je la vois explicitement reliée à la bisexualité. Pourtant, la mauvaise foi et les arguments moisis fleurissent aussi chez nous…

Qu’en déduire ?

Peut-être que pour nos politiques, la bisexualité est tellement fantasque, tellement « pas sérieuse », tellement inexistante dans les esprits, que ça n’en fait même pas un argument à opposer aux droits LGBT.

A part Clémentine Autain, qui s’inquiétait il y a quelques années de la biphobie existant dans les milieux LGBT, quel autre politique français hétéro (pour ce qu’on en sait…) a déjà ne serait-ce que prononcé le mot « bisexualité » ? Aucun, à ma connaissance.

En écrivant cette note je me suis dit qu’en France il serait totalement impensable de lire dans un journal généraliste/politique un article centré sur la bisexualité (et sur la biphobie !), comme c’est le cas avec The Minnesota Independant (vous me direz, ils ont quand même une catégorie spécialement dédiées aux sujets LGBT…). Ce n’est pas la première fois que je ressens cette différence de traitement entre les Etats-Unis et la France.

Si on reste dans le domaine politique (mais ça pourrait également s’appliquer au sport, par exemple), je remarque qu’on ne connaît pas beaucoup de politiciens bis out. En cherchant, j’ai trouvé Kate Brown (secrétaire de l’Etat d’Oregon – ce qui fait d'elle la personne ouvertement bisexuelle la plus haut placée aux Etats-Unis), Patrick Harvie (co-président du Parti Vert Ecossais et membre du Parlement Ecossais) et Simon Hughes (libéral démocrate dont j’ai un peu de mal à traduire la fonction, étant donné mon absence de culture politique britannique).  Au total, Wikipédia me donne 26 noms, mais je vais m’arrêter là pour l’étranger.

En France, Daniel Guérin (amusant, sur sa page wiki française, il n’est pas fait mention de sa bisexualité alors que c’est le cas sur celle en anglais) et « Frédéric Mitterrand » (j’étais persuadée qu’il était homo, mais comme je n’ai pas de source fiable, je préfère ne rien affirmer – si quelqu’un a des infos, qu’il n’hésite pas à se manifester).

C’est assez peu, si on compare au nombre de gays et lesbiennes out en politique (et ça pose indirectement la question de la différence de pourcentage entre homos et bis dans la population…). Quand on voit la tendance de certains hétéros à « sexualiser » les bis, à leur associer des mots du genre « promiscuité », « échangisme » et « tromperie », je me dis que faire un coming out bi dans la sphère politique, ça ne doit clairement pas être une partie de plaisir. Je ne sais pas si dans ce contexte un coming out gay ou lesbien est plus « facile », en fait je ne suis même pas sûre que ce soit vraiment comparable, mais je serais curieuse de savoir quel pourcentage de bis et quel pourcentage d’homos sont out en politique (et dans d’autres milieux, tels que le sport).

3   |

Ma journée internationale de la bisexualité

27 septembre 2011

Le 23 septembre, y a pas à dire, c’était une chouette journée.

Je me suis levée à midi (normal…), j’ai allumé l’ordinateur (normal…), je suis allée checker la page des résultats de mes rattrapages sans y croire… et j’ai appris que je passais bien en L3 (là j’ai envie de dire « normal », mais ça manquerait un peu d’humilité).

Dans la soirée, après quelques démêlés avec les transports parisiens, je suis arrivée aux Halles pour retrouver des filles (majoritairement bis) d’un forum-qui-n’a-rien-de-LGBT. Je l’ai déjà dit mais j’aime vraiment ce genre de hasard : quand on réalise qu’on est partout, même en dehors des lieux balisés « LGBT ».

On a finalement fait un tour au sous-sol du Banana Café pour la soirée Bi’Cause. On est arrivé un peu à la traîne, pour l’intervention de Bartholomé Girard de SOS Homophobie – coincée derrière un poteau, j’ai dû me contorsionner pour avoir droit à l’image en plus du son.

Etant donné que je venais un peu à l’aveuglette, j’ai été surprise de la participation de SOS Homophobie. L’idée d’une « réunion de bis » impliquait pour moi que ça se fasse en dehors de la « communauté LG(T) », peut-être parce que j’avais du mal à concevoir la conjonction des deux (plus exactement, j’avais le sentiment que les assos dites LGBT ne s’intéressaient pas du tout aux bis).

J’ignorais par exemple que SOS Homophobie ne s’appelait plus juste « SOS Homophobie » depuis un certain temps mais s’était vu adjoindre un sous-titre « Association de lutte contre la lesbophobie, la gayphobie, la biphobie et la transphobie ». C’est le genre de choses auxquelles je suis très attachée (j’y reviendrai plus loin). J’avais repéré aussi, en mai dernier, les différents slogans de lutte contre les LGBT-phobies que proposaient l’association, notamment celle (qui a tout mon soutien) « La bisexualité existe. La biphobie aussi. » Apprendre, au détour d’une phrase, qu’à SOS Homophobie, on trouve aussi des bis impliqués, ça ne m’a pas étonnée, mais ça m’a fait un petit quelque chose quand même. N’en déplaise aux biphobes, ça signifie bien qu’on peut être bi et engagé/militant/out. En parlant du service d’écoute de SOS Homophobie, Bartholomé Girard a précisé qu’on ne savait pas le nombre exact de bis qui appelaient, puisque l’orientation sexuelle est rarement précisé explicitement (et jusqu’à preuve du contraire, un gars qui sort avec un gars peut très bien être bi !), mais que ça pouvait être un truc à creuser.

Le débat qui a suivi a permis d’aborder certains sujets :

  • l’isolement des bis en province (rappel : la seule association de bisexuel-le-s en France est parisienne). Mon opinion est qu’internet est « le » refuge des bis par excellence, plus encore que pour les gays et les lesbiennes (pour les trans, je ne sais pas…). Pour cette raison, la création d’antennes Bi’Cause en province est envisagée (ainsi qu’un dispositif d’accueil et d’écoute, et un comité de travail commun avec SOS Homophobie – mais comme j’ai raté le début, je ne pourrais pas vous en dire plus là-dessus).
  • le droit et les bis : en tant que bi, a-t-on des revendications particulières ? Evidemment, le mariage et l’adoption ouverts à tous les couples. Mais encore ?  Peut-être quelque chose concernant les partenariats « à plus de deux » ? Evidemment, ça ne concerne ni tous les bis, ni exclusivement les bis, mais j’ai le sentiment qu’on constitue la communauté la plus progressiste sur cette question (ce qui joue possiblement en notre défaveur, en entretenant les stéréotypes habituels sur nos comportements sexuels supposément libertins/échangistes/infidèles).
  • l’invisibilité des bis et la discrimination biphobe : parce que, oui, voir « gay et lesbien » écrit quelque part, ça nous (ou en tout cas ça me) tire une grimace. Certes, ça ne me fera pas tomber en dépression, je suis un peu plus solide que ça, mais ça me chagrine et ça me tracasse. « S’ils indiquent juste gay et lesbien, comment ils vont m’accueillir ? Est-ce que je leur dis tout de suite que je ne suis pas lesbienne ? Si ça se trouve, on ne va pas me croire, et je vais devoir me justifier si je veux être prise au sérieux… ». Ce n’est pas pour rien que je mets des « LGBT » partout dans mes articles ! Lire « LGBT » quelque part plutôt que « gay et lesbien », ça me met tout de suite plus en confiance. Je garde encore un souvenir légèrement amer des « trans-pédé-gouines en colère ! », scandés devant l’ambassade de Moscou…
  • la lutte pour la visibilité bi. Comment s’y prendre pour se faire connaître et pour démolir les clichés sur les bis ? Quelqu’un a proposé des petits clips, style websérie. Faut voir si ça aboutit (il faut quand même des sous et des gens qualifiés…). Et plus généralement : s’exprimer. Plus on parle, plus on diversifie les lieux et les médias, et plus on a de chance d’être « relayé » dans et hors milieu LGBT (en prenant la parole, j’ai pensé à Judith qui expliquait ça sur la communauté il y a quelques temps). On a recensé les médias qui ont parlé de la journée de la bisexualité cette année et les années précédentes, notamment Têtu (chouette petite interview) et Yagg (je vous ai fait de la pub, c’est mon côté prose-élyte…).
  • la difficulté de parler au nom de tous. La tentation de rendre le bi socialement acceptable/inoffensif peut conduire à mettre à part les bis polyamoureux, par exemple. J’ai moi-même tendance à ne pas en parler (parce que je ne sais pas quoi en dire, pas par mépris), mais j’essaye d’y penser quand j’écris mes articles. Comme l’explique notre bien-aimé manifeste (un vrai travail d’équilibriste entre généralisation et respects des spécificités individuelles), il y a autant de bisexualités que de bisexuels.
  • et puis des anecdotes… La bisexualité, idéal de vie chez les hippies des années 70 – ça allège tout de suite l’atmosphère, ça fait sourire/rire. Comment annoncer sa bisexualité et désamorcer les clichés sur les gays par la franchise (« Coucher avec un gars ? Moi je l’ai fait. Et toi, alors ? Qu’est-ce t’y connais pour en parler comme ça ? »). Etc.

Après le débat, on reste encore un moment. Je n’aurais pas vraiment l’occasion de discuter longuement avec les gens sur place, mais la bonne ambiance règne et je m’approche de la table où j’ai repéré des drapeaux bis en arrivant. Je frétille comme un jeune chiot, m’imagine avec à la prochaine pride et ne réfléchis pas plus d’une seconde et demi avant de sortir mon porte-monnaie.

 

Fufufu, j'ai réussi à extraire les photos de mon téléphone, je suis trop fière de moi

 

Avec deux des filles qui m’accompagnaient, on part prendre un verre. On discute coming out dans la famille (avoir une vingtaine d’année et dire « maman, je suis bi », ou comment se tirer une balle dans le pied question crédibilité…), coming out (ou pas) dans le couple, découverte de sa bisexualité…

A un moment, je me dis : ça c’est une chouette journée. Parce que même si j’adore les LGT, et en particulier ceux de Yagg, ça fait du bien aussi d’échanger entre bis. On trouve un écho sur certains sujets qu’on ne peut pas trouver ailleurs, on reconnaît dans le vécu de l’autre quelque chose de véritablement familier…

C’était la première fois que je « célébrais » la journée internationale de la bisexualité. J’en garderai un très bon souvenir :)

18   |

Brève bi #1

21 septembre 2011

Je tombe de temps en temps sur des articles ou des vidéos en rapport avec la bisexualité mais je n’ai pas toujours de longs commentaires à faire dessus (et parfois l’info date de plusieurs années). J’inaugure donc les « brèves bis » pour partager et décrire en quelques mots ces petites choses qui ont retenues mon attention.

Navrée pour les anglophobes : pour cette fois, tout est en anglais.

 

Parce que j’aime le mot « bibbel », parce qu’il est marrant, et parce que j’adore son t-shirt :

 

Parce que « Captain Bisexual », ça en jette :

 

Parce que la satire, ça me parle.

 

Parce que, ok, c’est parfaitement stupide. Mais Zachary Quinto était mon acteur favori dans Heroes et c’est la première fois que je vois un bisexuel apparaître dans une sitcom.

 

Et enfin parce qu’en lisant qu’Anna Paquin est partiellement sortie du placard puisqu’elle est bisexuelle, j’ai fait un arrêt cardiaque, une rupture d’anévrisme et une rage de dents simultanément.

4   |

La bisexualité : un sujet brûlant

2 septembre 2011
| Mots-clés:

(Pas d'image, une relecture rapide, un titre digne d'un magazine féminin de piètre qualité, désolée j'ai rattapage demain.)

Le point de départ de cette note est l’article de Têtu rapportant une étude qui a fait la preuve que la bisexualité existe (ce que je pense de ce genre de « travaux » mériterait une note à part…). Mais j’aurais très bien pu partir d’un autre site et d’un autre contenu en rapport avec la bisexualité pour parvenir aux observations qui vont suivre – le web anglophone ne diffère pas du francophone à ce niveau-là, d’après les liens que Risah a pu partager.

Donc, on a un article qui parle de bisexualité, et huit jours plus tard 207 commentaires. Rien que ça, c’est symptomatique : le sujet ne laisse pas indifférent.

On remarque aussi, comme souvent, que l’article en lui-même passe vite à la trappe et qu’on en revient à l’éternel débat :

Les bis existent-ils ? Et si c’est le cas, sont-ils d'odieux connards sans cœur ?

Et là, différentes choses à relever…

D’une part le déchaînement des passions, à base de « mon ex est bi et m’a quitté pour quelqu’un du sexe opposé », le tout enrobé de généralisation abusive, ça donne : tous des lâches, des planqués, qui se barreront à la première occasion.

Je trouve ça lamentable, mais surtout aberrant, qu’une minorité habituée aux préjugés nauséabonds (« si t’es gay tu finiras avec le SIDA », « si tu es lesbienne, c’est parce que tu as été traumatisée par les hommes ») reproduise exactement le même schéma avec les bis, mais cette fois du côté oppresseur. A ceux-là, outre quelques insultes bien senties, j’ai envie de dire : faudrait peut-être balayer devant votre porte, avant de hurler à la discrimination homophobe, vous ne pensez pas ? Faudrait peut-être pas s’étonner de la vision hétérocentrée de la société quand dans votre « microcosme », vous prônez une vision homocentrée qui exclue les bis ?

Une autre idée qui revient est celle qui voudrait que la majorité des bis serait plus attirée par des personnes du même genre, ce qui est une façon déguisée de dire : ils sont un peu comme des homos, mais avec plus de refoulement.

Personnellement, je ne sais que faire de cette hypothèse. Je serais tentée de croire que c’est de la connerie, mais rien ne le prouve ni ne l’infirme. Par contre, je vois un biais évident : il est en effet fort probable que les bis rencontrés dans le « milieu » soient davantage attirés par les personnes du même genre que ceux qui ne le fréquentent pas (ils en éprouvent moins la nécessité ? ils sont déjà en couple avec une personne du genre opposé ?).

Dans le même style, je lis souvent que les bis sont si peu nombreux que ça en devient suspect. On en vient à supposer que les « prétendus bis » se trompent, s’illusionnent, car sinon ils se feraient connaître en masse. Car sinon, on le saurait, qu’ils existent, enfin !

Le raisonnement n’est pas idiot, mais franchement incomplet. Combien de bis ne fréquentent pas – ou plus – le milieu LGBT ? Combien se taisent par lassitude d’avoir à se justifier ? Combien vivent leur vie sans se coller d’étiquettes ? Combien cessent de se poser la question, après un parcours un peu chaotique, parce qu’ils ont compris que l’orientation sexuelle n’est pas toujours simple, fixe, définissable pour tout un chacun ? Et surtout : combien faut-il qu’on soit pour satisfaire les sceptiques ?

La réponse ? Je ne sais pas.

Le jour où la bisexualité sera considérée comme un sujet d’étude sérieux, on aura peut-être des chiffres à donner, ce qui permettra de calmer (partiellement, je le crains) nos détracteurs.

En attendant, les aveugles et les imbéciles continuent de nier notre existence et de ressasser les préjugés habituels, et moi je continue de me demander ce qu’on peut bien remuer en eux pour qu’ils se braquent comme ils le font.

On dit que beaucoup d’homophobes sont des homo refoulés. Alors que penser des biphobes ? (Oui, c’est de la provocation gratuite, et j’assume.)

7   |
Publicité