Un tabou nommé agression sexuelle
En réaction à un article de Maïa Mazaurette.
J’affirme, et je crois que cela dépasse ma subjectivité, qu’un des plus grands tabous à l’heure actuelle concerne les agressions sexuelles et les viols.
Quand on en est victime, on n’en parle pas. Parce que ça fait désordre, parce que c’est moche, parce qu’on sait bien que les gens n’ont pas envie d’en entendre parler.
On n’en parle pas parce qu’on ne pourrait pas revenir dessus. Et qu’on ne souhaite pas être réduit-e à jamais à cet état de « victime », justement.
On n’en parle pas aux inconnu-e-s parce qu’il parait que c’est vraiment trop personnel, parce qu’on ne veut pas les mettre mal à l’aise, parce qu’on a peur d’être compris-e de travers. Ou jugé-e. Ou pris-e en pitié.
On n’en parle pas dans les médias, dans l’art, dans tout ce qui serait susceptible d’être diffusé, parce qu’on ne tient pas forcément à ce que tout le monde sache ce qu’on a traversé. Pour la même raison, on n’en parle pas à la justice – mais, ça, on n’en ressent pas toujours le besoin.
On n’en parle pas à la famille, parce qu’il en fait partie. Et parce que ce serait pointer du doigt la responsabilité des adultes. Ils n’étaient pas là, mais comment le leur reprocher ? Ils ne pouvaient pas deviner, ils ne pouvaient pas prévoir. Non, il ne faut pas faire culpabiliser maman.
On n’en parle pas à son frère, qui a dit un jour : « Le type qui te fait ça, je le bute. » Parce qu’on ne veut pas que le sang coule au prochain dîner de famille. Parce qu’on ne veut pas lui imposer de devoir choisir son camp.
Donc on se tait parce qu’on ne peut en parler à personne.
On se tait alors qu’on pourrait partager. Pas seulement la colère, la peine et le dégoût. C’est beaucoup plus complexe que cela, en vérité. On pourrait faire part de ses réflexions, on pourrait discuter du pardon et de la rancœur, on pourrait débattre de comment le sujet est abordé par la société. On pourrait parler des interrogations que cela suscite (qu’est-ce que je ressens par rapport à ça ? qu’est-ce que je suis sensée ressentir ? est-ce qu’il est un monstre ? est-ce que je dois le haïr ?), on pourrait parler de ce que ça fait que d’entendre des blagues sur le sujet (« Ah ah, un peu de GHB et l’affaire et dans le sac ! » Ouais, ah ah, comme tu dis, bouffon), on pourrait aborder le féminisme et les violences faites aux femmes selon un angle plus personnel. On pourrait (ironie, quand tu nous tiens !) parler de pourquoi on n’en parle pas.
Mais au lieu de ça, on dit « on », au lieu de dire « je », et puis on change de sujet.
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